
Le 26 novembre 1913, une chasse au tigre – ou plutôt à la tigresse – fut organisée à Droue. C’est l’une des plus insolites histoires de notre commune…
À cette époque, de grandes compagnies meulières étaient implantées à Épernon, Droue, Émancé. La région n’était plus qu’un immense chantier, trous béants en exploitation, carrières abandonnées où la nature reprenait ses droits : végétation dense, taillis inextricables, ronciers où le gibier commence à revenir. Un terrain de chasse idéal.
Un tournage de film qui se passe mal
Monsieur Vernot, fils de l’ancien maire d’Épernon, directeur artistique de la société Gaumont (entreprise cinématographique) aimait « tourner en situation ». Il choisit donc les Marmouzets, et plus particulièrement la carrière de monsieur Berry, lieu-dit de la Boudinerie (site sauvage), pour tourner une scène de chasse au tigre sensée se dérouler dans la « jungle » en Inde.
Achetée au dompteur Amar Hamed, la tigresse, héroïne de la chasse, et deux jeunes tigres furent mis en pension chez monsieur Giron à Droue, sans qu’aucune autorisation n’eut été demandée. La cage fut amenée à la Boudinerie, des barricades en planches furent construites autour de la cage afin de sécuriser les lieux. Les chasseurs costumés s’embusquent derrière les roches et les buissons. Tout était prêt ! L’opérateur, dissimulé dans un abri de tôles, braqua sa caméra : « Ouvrez la cage, on tourne ! » Les jeunes tigres ne bougèrent pas. La tigresse sortit et sauta par-dessus l’enclos, faisant preuve d’une agilité dont on ne l’avait plus cru capable. Les chasseurs tirèrent : la bête fut touchée et, malgré ses blessures, disparut dans les taillis.
La peur s’installe dans le village
On perdit alors sa trace. Le Préfet d’Eure et Loir fut prévenu télégraphiquement. Il avertit le capitaine de gendarmerie Lavigne de la brigade de Chartres qui se rendit à la Boudinerie avec ses hommes, les gendarmes d’Épernon et ceux de Rambouillet, la Seine-et-Oise étant très proche. Des battues s’organisèrent. Durant la nuit, des feux étaient allumés à divers endroits et les habitants de Droue montèrent la garde. Peine perdue, elle courait, elle courait… Partout des gens l’avaient vue. Les parents n’osaient plus envoyer leurs enfants à l’école et les hommes sortaient avec leur fusil.
Le troisième jour du cauchemar, un chasseur, plus avisé que les autres, eut l’idée de revenir aux abords du lieu de tournage. Il y découvrit la tigresse : la pauvre bête s’était dissimulée dans un buisson de ronces pour mourir.
Après tant d’émotion, il restait à rire. Tous les chasseurs voulurent porter sa dépouille et figurer en bonne place sur les photos qui immortalisèrent cet incroyable événement. Une bien triste histoire aussi.
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